Lagrime d’amante al sepolcro d’amata


Sestina


Scipione Agnelli

Incenerite spoglie, avara tomba
Fatta del mio bel Sol terreno Cielo,
Ahi lasso ! I' vegno ad inchinarvi in terra.
Con voi chius'è 'l mio cor a marmi in seno,
E notte e giorno vive in pianto, in foco,
In duolo, in ira, il tormentato Glauco.
Restes réduits en cendres, tombe avare
Devenue le Ciel terrestre de mon beau Soleil,
Hélas ! Je m’incline à terre devant vous.
Mon cœur est enfermé avec vous au sein du marbre
Et nuit et jour, Glaucus tourmenté
Vit dans le feu, dans les larmes, le deuil, la colère.
Ditelo, o fiumi, e voi ch'udiste Glauco
L'aria ferir dì grida in su la tomba,
Erme campagne - e'l san le Ninfe e 'l Cielo:
A me fu cibo il duol, bevanda il pianto,
- Letto, o sasso felice, il tuo bel seno -
Poi ch'il mio ben coprì gelida terra.
Dites-le, ô fleuves, et vous qui avez entendu Glaucus
Frapper de ses cris l’air au dessus de la tombe,
Campagnes désertes – et les nymphes et le Ciel le savent:
Le deuil fut mon aliment, les larmes ma boisson;
Mon lit, bienheureuse pierre, fut ton beau sein,
Puisque la terre glacée recouvre ma bien aimée.
Darà la notte il sol lume alla terra,
Splenderà Cintia il di, prima che Glauco
Di baciar, d'honorar lasci quel seno
Che fu nido d'Amor, che dura tomba
Preme; né sol d'alti sospir, di pianto,
Prodighe a lui saran le fere e 'l Cielo.
Le soleil donnera la nuit sa lumière à la terre, Cynthie resplendira de jour, avant que Glaucus Cesse d’honorer, de baiser ce sein Qui fut nid d’amour, qu’écrase une rude tombe; Et les bêtes sauvages, et le Ciel, ne seront pas seuls À lui prodiguer profonds soupirs et larmes.
Ma te raccoglie, O Ninfa, in grembo 'l Cielo,
Io per te miro vedova la terra,
Deserti i boschi e correr fium'il pianto.
E Driade e Napee del mesto Glauco
Ridicono i lamenti, e su la tomba
Cantano i pregi dell'amato seno.
Mais le Ciel, ô nymphe ! t’accueille en son sein,
Et je vois la terre, par ton départ, devenue veuve,
Je vois les bois déserts, les larmes coulant en fleuves.
Dryades et Napées redisent
Les lamentations du triste Glaucus, et sur la tombe
Chantent les qualités de ce sein aimé.
O chiome d'or, neve gentil del seno,
O gigli della man, ch'invido il cielo
Ne rapì, quando chiuse in cieca tomba,
Chi vi nasconde ? Ohimè ! Povera terra
II fior d'ogni bellezza, il Sol di Glauco
Nasconde ! Ah ! Muse ! Qui sgorgate il pianto !
Ô cheveux d’or, gente neige du sein,
Ô lis de la main, que le ciel jaloux
Nous a ravis, quand il l’enferma dans une tombe aveugle,
Qui vous cache ? Hélas ! Une pauvre terre
Cache la fleur de toute beauté, le soleil de Glaucus !
Ah, Muses ! Laissez couler vos larmes !
Dunque, amate reliquie, un mar di pianto
Non daran questi lumi al nobil seno
D'un freddo sasso? Ecco l'afflitto Glauco
Fa rissonar »Corinna« il mare e 'l Cielo,
Dicano i venti ogn'or, dica la terra:
«Ahi Corinna! Ahi Morte! Ahi tomba!»
Donc, reliques aimées, mes yeux
Ne donneront pas une mer de larmes au noble sein
D’un froid rocher ? Voici que le dolent Glaucus
Fait retentir de «Corinne !» la mer et le ciel.
Que les vents disent sans cesse, que la terre dise:
«Ah ! Corinne ! Ah ! mort ! Ah ! tombe !»
Cedano al pianto i detti ! Amato seno,
A te dia pace il Cielo; pac’ a te, Glauco,
Prega honorata tomba e sacra terra.
Que les paroles laissent la place aux larmes ! Sein chéri,
Que le Ciel te donne la paix; paix à toi, Glaucus,
Prie la tombe honorée et la terre sacrée.