Petrarca


Canzoniere


Edition bilingue Bordas P. Blanc

Italia mia

Italia mia, benché ’l parlar sia indarno
a le piaghe mortali
che nel bel corpo tuo sí spesse veggio,
piacemi almen che ’ miei sospir’ sian quali
spera ’l Tevero et l’Arno,
e ’l Po, dove doglioso et grave or seggio.
Rettor del cielo, io cheggio
che la pietà che Ti condusse in terra
Ti volga al Tuo dilecto almo paese.
Vedi, Segnor cortese,
di che lievi cagion’ che crudel guerra;
e i cor’, che ’ndura et serra
Marte superbo et fero,
apri Tu, Padre, e ’ntenerisci et snoda;
ivi fa che ’l Tuo vero,
qual io mi sia, per la mia lingua s’oda.
Mon Italie, quoique les mots soient impuissants
Devant les plaies mortelles
Qu’en ton beau corps si nombreuses je vois,
Il m’agrée néanmoins que mes soupirs soient tels
Que l’espèrent le Tibre, et l’Arno,
Et le Pô, où grave et affligé ores je prends séance.
Maître du ciel, je te demande
Que la pitié qui t’a mené sur terre
Te tourne vers ton saint et bien-aimé pays.
Vois, seigneur bienveillant,
Pour quels légers motifs quelle cruelle guerre ;
Et ces cœurs, que ferme et endurcit
Mars superbe et féroce,
Ouvre-les, Père, attendris-les et délie-les ;
Fais leur Ta vérité
Entendre par ma bouche, quoiqu’il en soit de moi.

Mia benigna fortuna

Mia benigna fortuna e ’l viver lieto,
i chiari giorni et le tranquille notti
e i soavi sospiri e ’l dolce stile
che solea resonare in versi e ’n rime,
vòlti subitamente in doglia e ’n pianto,
odiar vita mi fanno, et bramar morte.

Crudel, acerba, inexorabil Morte,
cagion mi dài di mai non esser lieto,
ma di menar tutta mia vita in pianto,
e i giorni oscuri et le dogliose notti.
I mei gravi sospir’ non vanno in rime,
e ’l mio duro martir vince ogni stile.
Ma bénigne fortune et mon état joyeux,
Les journées claires et les tranquilles nuits,
Et les tendres soupirs et le doux style,
Coutumier de sonner en rimes et en vers,
Mués soudainement en deuil et pleurs
Me font haïr la vie et désirer la mort.

Cruelle, amère, inexorable mort,
Tu me donnes motifs de n’être plus joyeux
Mais de passer ma vie en pleurs,
Et mes journées obscures et mes dolentes nuits ;
Et mes pesants soupirs n’entrent plus dans les rimes,
Et mon cruel martyre passe tout style.

L'alto signor

L'alto signor dinanzi a cui non vale
Nasconder nè fuggir, nè far difesa;
Di bel piacer m’avea la mente accesa
Con un’ardente ed amoroso strale;

E benchè ’l primo colpo aspro, e mortale
Fosse da sè, per avanzar sua impresa,
Una saetta di pietate ha presa;
E quinci, e quindi ’l cor punge, ed assale.

L’una piaga arde, e versa foco, e fiamma;
Lagrime l’altra, che ’l dolor distilla
Per li occhi mei del vostro stato rio:

Nè per duo fonti sol’una favilla
Rallenta dell’incendio che m’infiamma;
Anzi per la pietà cresce ’l desio.
Le haut seigneur devant lequel ne sert
De se cacher, de fuir, de faire résistance,
De belle joie m’avait enflammé l’âme
Par un ardent trait d’amour ;

Et quoique le premier coup, âpre et mortel
Fût par lui-même, pour compléter son entreprise
Une flèche de pitié il a prise,
Et au moyen des deux point mon cœur, et l’assaille.

L’une des plais me brûle, et verse feu et flamme ;
L’autre des larmes, que distille la douleur
Au moyen de mes yeux, pour votre état malin :

Et malgré ces deux sources, pas la moindre étincelle
Ne s’apaise de ce foyer qui m’incendie ;
Le désir, au contraire, par la pitié s’accroît.

Due rose fresche

Due rose fresche, et colte in paradiso
l’altrier, nascendo il dí primo di maggio,
bel dono, et d’un amante antiquo et saggio,
tra duo minori egualmente diviso

con sí dolce parlar et con un riso
da far innamorare un huom selvaggio,
di sfavillante et amoroso raggio
et l’un et l’altro fe’ cangiare il viso.

- Non vede un simil par d’amanti il sole -
dicea, ridendo et sospirando inseme;
et stringendo ambedue, volgeasi a torno.

Cosí partia le rose et le parole,
onde ’l cor lasso anchor s’allegra et teme:
o felice eloquentia, o lieto giorno!
Deux roses fraîches, au Paradis cueillies
avant hier, quand naissait le premier jour de mai,
beau présent d'un amant sage et ancien,
partagé entre deux jeunes également,

avec des mots si doux et un sourire
à en rendre heureux un homme des forêts,
d'un rayon plein d'amour et tout étincelant
firent de chacun d'eux se changer le visage.

- Le soleil ne voit point pareil couple d'amants -
disait-il, soupirant et riant à la fois;
et les serrant tous deux vers chacun se tournait.

Ainsi partageait-il les roses, et les paroles,
et mon coeur las encor s'en réjouit et craint;
o heureuse éloquence, o journée de bonheur!